Joëlle

 

 

Entre éclairs et tonnerres                

 

 

    C’était un après-midi d’automne, sombre comme jamais il y en eut, j’étais à ma fenêtre à contempler ce spectacle entremêlé d’éclairs et de tonnerres. Les éclairs venaient fendre le ciel d’une lumière foudroyante, pendant que moi, je m’efforçais à connaître sa distance. Mais, ma petite sœur vient bien vite mettre un terme à ma rêverie. Elle était apeurée et ses joues avaient été humidifiées par des larmes. Elle vint se blottir contre mon épaule, elle tremblait, mais ne disait rien. Ses yeux écarquillés, elle tournait la tête de droite à gauche mais gardait inlassablement le silence. Mais quelques minutes plus tard, quand le tonnerre se remit à tonner, elle me demanda ce que c’était.

La regardant tendrement, j’esquissai un sourire, et répondit simplement :

« Oh, ce n’est rien que Jupiter ! »

Elle me scruta longtemps, pour enfin me demander qui était cet homme dont je lui parlais. Je lui répliquais que c’était le dieu de la foudre et du tonnerre dans la mythologie. Mais soudain, le grondement reprit, et anxieuse, elle rétorqua : « Il n’est sûrement pas content. »

Je sentais dans ses yeux s’installer une certaine curiosité, alors je décidai de lui faire découvrir l’Histoire sous une forme particulière,…et mon récit débuta ainsi :

    « Dans les nuages, haut très haut dans le ciel, dans un somptueux palais, Jupiter gravit les marches de son trône et se laissa littéralement tomber dessus. Enfin assis, irrité, il jeta du haut de son piédestal, la foudre.

 

Il s’adresse à sa femme Junon :

-Toujours pareil avec ses maudits mortels, pas capable de passer une vie paisible, il faut qu’ils assassinent, qu’ils détruisent, qu’ils s’entretuent… Tu vois, je suis descendu sur la Terre et j’ai comment dire, participé à un cours, très intéressant ma foi, sur l’Histoire de Rome… on y parlait « civilisation », et j’ai appris des choses incroyables, et d’autres vraiment infâmes!

Et c’est pour cela que je suis énervé. Attends que je te raconte :

Marius Caïus est né en -157, et mort en 86 avant Jésus-Christ, ce fut un homme politique et un général romain.

Pseudo-« Marius », copie d'époque augustéenne, Glyptothèque de Munich (Inv. 319)           

 

     A peine la conversation commencée, Mars, dieu de la guerre, vint interrompre la discussion. Il avait entendu ce que disait Jupiter et souhaitait parler de ce mortel qu’il connaissait bien, après tout il était tout deux des « militaires ».

-Marius est né à Arpinum en pays Volsque, il se distingua d’une famille équestre mais n’aurait pu parvenir aux plus hautes fonctions publiques s’il n’avait très tôt fait preuve de talents militaires. En 33, il sert brillamment sous les ordres de Scipion Emilien à Numance : il est élu successivement tribun militaire, puis questeur, tribun de la plèbe, prêteur, puis propréteur en Espagne. Bref, à son retour, il épousa Julia, une tante de César.

            En 109, il part pour l’Afrique comme lieutenant de Metellus dans la guerre de Jugurtha, mais son désir de commander en chef le brouille, bientôt il se présente au consulat et cet « homo novus » est élu consul pour 107 avec le commandement de la lutte contre Jugurtha. Le sénat pense l’embarrasser en l’autorisant à faire des levées exceptionnelles de légionnaires mais Marius évite cette mesure impopulaire en procédant à une réforme décisive de l’armée romaine. Avant que Marius n’en ait ouvert les rangs à tous les citoyens romains, (prolétaires et chômeurs) sans tenir compte du cens, l’armée étant une milice (troupe de citoyens destinée à renforcer l’armée régulière), destinée à la défense de la patrie et composée de propriétaires, appelés, dans l’intérêt de l’Etat, à accomplir un service pour une période déterminée. Seuls ceux qui ne possédaient rien échappaient au service militaire : il était admis qu’on pouvait être soldat si l’on n’avait pas de maison ou de champs à défendre contre l’ennemi. La solde était faible. Marius créa une armée de métier, regroupant des soldats engagés pour une durée de seize à vingt ans. Alors que jadis, la légion se disposait sur trois lignes, chacune d’elles étant divisée en contingents distincts, les manipules, Marius forge une unité de combat, la cohorte. Il y a dix cohortes par légion et chacune d’elles est divisée en six centuries, d’une centaine d’hommes chacune. La légion y gagne en solidité et en mobilité pour faire face aux assauts désordonnés des Barbares. La structure du commandement est modifiée par la création d’un poste unique de legatus (lieutenant) par légion, alors qu’auparavant, six tribuns militaires prenaient tour à tour tout le commandement de la région. Rome possède donc désormais, une armée professionnel, puissant instrument qui assurera la conquête de l’empire, mais aussi dangereuse menace pour la République traditionnelle car cette armée de pauvres est aveuglément dévouée à ses chefs, lesquels pourront s’engager désormais, comme César, dans l’aventure du coup d’Etat militaire. Marius termine avec succès la guerre de Numidie, mais c’est Sylla, son questeur, qui obtient la livraison de Jugurtha, c’est la naissance de la grande opposition entre ces deux hommes.

            Marius qui est l’idole du peuple, a été élu six fois consul, mais il va se montrer un général peu performant. Bientôt, Sylla est élu consul, car Marius a quitté la scène politique.

Mais en 88, Marius réclame la direction de l’armée, et, avec l’aide du tribun Rufus, il se la fait donner par le peuple.

Pendant que Sylla est en Orient, Marius se fait élire une septième fois consul, mais meurt quelques temps plus tard. Marius a échoué car ses partisans se sont fait anéantir par Sylla, mais il laisse à son neveu César, la formule qui sera fatale à la République : la conjonction de l’armée et du parti populaire.

-Marius a fait tout de même de belles choses, non ! dit Junon

-Oui, c’est vrai, mais cette histoire n’est qu’une introduction, elle sert à orienter les faits vers une conclusion brutale, et sans pitié. Car c’est de Jugurtha dont je voulais te parler.

Arès reprit immédiatement la parole :

-Jugurtha, est né en 160 et mort à Rome vers 104 avant Jésus-Christ. Il était en effet le roi de Numidie. C’était le fils illégitime de Mastanabal, il fut élevé à la cour de son oncle qui, à sa mort partagea ses Etats entre ses fils et Jugurtha. Ambitieux, rusé et cruel, impatient de régner seul, Jugurtha fit égorger Hiempsal (un des deux frères). Mais il tua aussi le deuxième et massacra les marchands romains installés à Cita.           

Sur l’intervention du tribun Memmius, Rome déclara la guerre à Jugurtha. Mais ce n’est que deux ans plus tard que l’armée romaine battit Jugurtha. Sylla réussit à entraîner Bocchus, beau-père de Jugurtha à le trahir et à le livrer aux romains. Jugurtha en 104 fut jeté dans un cachot où il mourut de faim.

            L’histoire de Jugurtha a été écrite par l’historien Salluste. »

-Qui est Salluste ?demanda ma petite sœur.

-Caïus Sallustius Cripsus est né en 86 et mort en 35 avant Jésus-Christ. C’était un homme politique et un historien romain, comme l’expliquait Mars. Ce fut même l’agent secret de César à Rome.

-Comme James Bond ?

-Pas tout a fait ! César le chargea  de conduire en Afrique la Xe légion et d’autres troupes destinés à la lutte contre les pompéiens et après la victoire de Thapse, il devient, le premier gouverneur de l’Africa nova. Il y resta un peu plus d’un an, ce qui lui suffit pour mette sa province au pillage, mais aussi à amasser les matériaux de son histoire de Jugurtha.

Il consacra ses dernières années à la rédaction de ses ouvrages historiques. Son œuvre principale ; Historiarum libri V, qui s’étendait de l’abdication de Sylla à la conjuration de Catilina, est malheureusement perdue. Les deux ouvrages qui ont été conservés sont l’histoire de la conjuration de Catilina, et le récit de la guerre de Jugurtha. On s’accorde à reprocher à Salluste d’être un écrivain partisan : il ne peut s’empêcher de laisser parler sa passion démocratique lorsqu’il étale la vénalité du sénat ou la déchéance morale de l’aristocratie lorsqu’il s’efforce de blanchir César de toute complicité dans la conjuration.

            En fait, Salluste se trouve secrètement complice de toutes les âmes fortes et héroïques. »

           

A la fin de mon récit, les pupilles de ma petite sœur brillaient de mille feus. Elle était réellement passionnée par ce que je lui relatais. Je lui révélais en quelques sortes les secrets de notre monde, ce qui doucement s’éteint, et que nous autres, tentons de conserver en instruisant les plus petits. Nous leur dévoilons les faits tels qu’on les connaît, ce qui a existé et ce qui a habité la Terre durant des siècles…

Et je discernais à ce moment-là notre importance, l’importance des « anciens ». Dans ma rêverie, j’avais presque oublié que ma sœur était encore là, elle désirait savoir… et je sentais qu’elle avait « honte » de ne pas connaître ce qu’elle jugeait ; si important.

Je rompis le silence, qui avait duré un certain instant déjà.

-                     Tu sais un homme un jour à dit : "Ignorer les évènements qui se sont passés avant votre naissance, c’est rester toujours enfant."

-                     Cela veut dire que quand on en prend connaissance, on est grand ! »

Ce langage si enfantin, si affable, me faisait sourire. Elle voulait tellement faire partie de cette société que tout enfant considère comme exemple, comme parfaite. L’enfant se fait souvent une utopie du monde car en effet il ne le connaît pas, il n’a comme image du monde que celle des membres de sa famille, qui eux, pour lui sont irremplaçables, attentionnés, gentils… Il pense que tout être est ainsi, semblable à ceux qu’il aime. Je sentais qu’en découvrant ces histoires, elle se rendait compte de la supercherie, et entrait peu à peu dans un cercle de prise de conscience, et de réflexions. 

Ma petite sœur rétorqua de plus belle à cette quiétude, qui perturbait sa réflexion, sa recherche d’instruction.

-                     Qui a dit ça ?

-Cicéron, et ce « ça », cela s’appelle une citation, il en existe d’autres, comme « Qu’y a-t-il de meilleur, ou qu’il y a-t-il de plus beau, que d’être bon et de faire le bien ? »

Marcus Tullius Cicero

-Comment quelqu’un de cette époque a pu dire des choses aussi « magnifiques » ?

-Et bien tu as raison, on lui en a voulu, car c’était un homme plein de sagesse, et qui était, lui, pour la paix. Attends, Ecoute !

« D’une famille équestre d’Arpinum, M. Tullius Cicero devait parvenir par son génie oratoire au premier rang de l’Etat. D’une culture étendue, la fréquentation du Forum acheva de le former. Il se fit remarquer dès ses plaidoiries et prit à partir de 80 une créature de Sylla.     Après un jour en Grèce, il revint à Rome en 77 et s’acquit réputation et clientèle : aussi accéda-t-il aisément aux honneurs. En 70, il prit position contre la noblesse en attaquant Verrès, préteur concussionnaire de Sicile. Au milieu des troubles grandissants, il songea bientôt à réaliser l’accord des chevaliers et des sénateurs pour assurer l’ordre dans l’Etat. C’est sur ce programme qu’élu consul, il écrasa la conjuration de Catilina (63). Il fut exilé par les triumvirs  Pompée, César et Crassus (58) pour avoir fait exécuter sans jugement les complices de Catilina. Rappelé, il accepta le gouvernement de Cilicie (51-50), puis assista dans l’irrésolution à la guerre civile. Après l’assassinat de César (44), il se crut de nouveau à la tête de l’Etat. Quand Antoine et le jeune Octave se furent unis avec Lépide, Cicéron fut proscrit. Rejoint dans sa fuite, il fut assassiné sur l’ordre d’Antoine.

Son œuvre considérable comprend une abondante Correspondance, document historique capital, des discours, des traités de rhétorique et des traités philosophiques.

Ses principes politiques reflètent ceux de la classe moyenne dont il est issu. Dévoué à sa famille, à ses amis, à l’ordre public, il a foi dans les vertus romaines. Mais il est plus italien encore que romain par le bonheur de vivre, la vivacité des impressions, la souplesse intellectuelle. C’est le plus grand des humanistes que la fréquentation de l’hellénisme (étude de la civilisation grecque antique) a donné à Rome.

-Il n’y avait pas que des brutes à Rome, c’est rassurant! C’est passionnant, merci pour cette belle histoire!"

 Et je restai là, à admirer les fines gouttes d’eau tombant sur le rebord de la fenêtre, l’orage avait passé, ainsi que la colère de Jupiter contre Jugurtha.

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